Il est (presque) reconnu partout dans le monde que la « naissance  du mouvement biker américain »  a eu lieu lors du tristement célèbre  « Gypsy Tour » à Hollister, Californie, lors du week-end du 4 juillet 1947. Les évènements qui ont eu lieu à Hollister ont non seulement influencé la culture biker mais également la société américaine toute entière. Et c’est toujours le cas aujourd’hui.

 

A partir de ce moment là, la peur, l’envie et toute une série d’autres émotions et de réactions ont installé la culture biker à l’opposé de la norme. Plusieurs clubs de motards, essentiellement composés de vétérans de la deuxième guerre mondiale étaient à l’origine des évènements de Hollister. Ces jeunes gens, à peine revenus du chaos et de l’horreur de la guerre, essayaient tant bien que mal de retrouver leur place dans une société calme et sage caractérisant l’Amérique industrielle et prospère d’après guerre.

Cependant, une société « sage » ne correspondait pas à ce que ces hommes désiraient : pas après avoir passé des années une arme à la main, rampant dans des tranchées boueuses et sanglantes, plongeant dans les profondeurs de la mer à bord d’énormes sous-marins, tournant et tirant dans les tourelles d’un bombardier B-25 et pas après avoir fait tant d’efforts pour survivre et protéger la liberté d’un peuple tout entier. Ces hommes inventèrent leur version « d’une société sage » : une moto imposante et rapide,  de l’alcool fort, et des « désaccords » occasionnels dans des bars réputés comme le Shanghai Red à San Pedro, le All American à Los Angeles et le Johnny’s à Hollister.

En 1947,  un des clubs les plus en vue à Hollister était le Boozefighters MC, dirigé par le charismatique « Wino Willie » Forkner. A l’époque, les Boozefighters regroupaient les différents chapitres de trois villes : Los Angeles, San Pedro et San Francisco. Le club, presque exclusivement constitué de vétérans de la 2ème guerre mondiale, fut créé en 1946 à Los Angeles au All American Bar (tout près de ce qui est maintenant devenu la ville de South Gate).  

 Johnny's Bar in Hollister

Lorsque Wino Willie fut exclu du club 13 Rebels MC à cause de problèmes d’alcool, il décida de créer son propre club avec des gens tels que Vern Autrey, Jack Lilly, Jim Cameron, J.D. Cameron, George Manker, Bobby Kelton, « Red dog » Dahlgren, « Dink » Burns, Gil Armas, Johnny Roccio, Johnny Davis, « Fat boy » Nelson, Lance Tidwell et C.B. Clausen.

Le nom du club fut proposé par un homme qui ironiquement, ne devint jamais membre : Walt Porter, un habitué du All American. Quand il entendit Willie et ses hommes discuter d’un nouveau club et suggérer différents noms, il proposa « the Boozefighters », expliquant dans sa saoulerie : « Autant l’appeler comme ça puisque de toute façon, tout ce que vous faites c’est venir ici et tomber des bouteilles d'alcool ! »

 

Les « Boozefighters » et la ville de Hollister furent élevés au rang de légendes via une série d’évènements qui illustrent parfaitement l’essence même de la culture biker, dans laquelle on ne « s’ennuie jamais ». Effectivement, il y avait beaucoup de boissons et de conduite sauvage dans le centre de Hollister alors que les courses du Gypsy Tour étaient organisées au circuit de Bolado, juste en dehors de la ville. Dans San Benito Street, l’artère principale de la ville, deux membres du club – Gil Armas et Jim Cameron- furent rapidement connus et reconnus pour leurs intrusions fréquentes dans les bars locaux tels que le Johnny’s (un monument encore de nos jours)...au guidon de leurs bécanes !

The Original Wild Ones  

 

Barney Peterson, un photographe opportuniste du San Francisco Chronicle, décela le potentiel de cette façon de s’amuser typiquement « biker ».                               Il mis en scène une photo menaçante d’un ivrogne inconnu (non membre du club) sur une moto, entouré de bouteilles de bière cassées. La photo originale ne fut jamais publiée dans le Chronicle (une autre version fut publiée) mais Peterson parvint à l’introduire à la page 31 de l’édition du 21 juillet 1947 du magazine populaire Life. Lorsque le journal fut distribué dans les kiosques, le pays découvrit une photo perturbante complétée d’un texte dérangeant.L’Amérique conventionnelle venait de faire la connaissance d’une nouvelle bête.

 


Le commentaire dans Life disait : « les vacances du motard: avec ses amis, il terrorise une ville ». Le concept de motards « prenant le contrôle d’une ville » était né. Il allait engendrer un sentiment de peur mais aussi de ravissement pour tous les gens sensibles de près ou de loin à la culture biker. La presse à sensation transforma les évènements de Hollister en une effrayante démonstration de force et de pouvoir – une chose qui est toujours attribuée aux bikers. La machine était lancée.

 

 

En 1951, le magazine Harper publia une histoire appelée « le raid du motard », écrite par un certain Frank Rooney et inspirée des incidents de Hollister et de la photo parue dans le magazine Life. Dans cette histoire, un « gang » de motards prenait réellement le contrôle d’une ville.

 

 Life Magazine, July 21, 1947

Les choses prirent encore plus d’ampleur peu de temps après lorsque Stanley Kramer, un metteur en scène/producteur jeune et ambitieux s’inspira des évènements d’Hollister et de l’histoire de Rooney. Son film, « the wild one » débuta à New-York à la fin de l’année 1953. Les rôles de « Johnny » et « Chino » - respectivement joués par Marlon Brando et Lee Marvin – lancèrent les carrières de ces deux géants du cinéma. Le film eut de plus un impact social important. Le cuir, les attitudes, les bécanes, l’omniprésente force, puissance et volatilité des bikers engendrèrent une réaction de peur et d’envie chez beaucoup de gens. Tout le monde ne pouvait pas devenir un « sauvage » ; mais tout le monde semblait en rêver !

Le personnage de Chino se basait plus ou moins sur le « vrai » Wino Willie, mais ce dernier se retira de la production (alors qu’on lui avait demandé de s’investir), mécontent que les médias aient détourné négativement les évènements de 47 survenus à Hollister.

 

Lee Marvin as Chico in "The Wild One"

 

"Wino" Willie Forkner

Alors que les médias continuaient à exploiter le mélange peur/envie de la culture biker durant les années 50 et 60 grâce à des films comme « The Born Losers », « The Savage Seven » et « She Devils on Wheels », les bikers eux continuaient à apprécier le nouveau style de vie caractéristique des années d’après guerre et centré sur l’amitié et la fraternité. L’amour et le respect sont les valeurs essentielles qui unissent les membres d’un club. Ces valeurs furent ramenées des tranchées de guerre, là où l’amour et le respect pour ceux qui combattaient à vos côtés permettaient de survivre physiquement et psychologiquement. Il existe également une véritable fraternité entre les membres des différents clubs, qui partagent des émotions et des sentiments communs et qui finissent par partager un mode de vie identique. Wino Willie Forkner le savait du plus profond de son âme. C’est la raison pour laquelle le club qu’il a fondé persiste depuis plus de 60 ans. Le Boozefighters Motorcycle Club est véritablement une des organisations phares de la communauté ; sa longévité et sa passion pour la culture biker en sont la preuve.

"Wino" Willie Forkner

 

Le célèbre patch vert et blanc des Boozefighters – une bouteille avec trois étoiles – est une légende en soi. Il y a eu de nombreuses spéculations concernant l’origine de ce patch mais peu avant sa mort, la veuve de Wino, Teri, expliqua que son époux s’était basé sur l’étiquette de la bouteille de cognac Hennessy : « Willie aimait tellement ces trois étoiles qu’il les plaça sur la bouteille. » Insérer une bouteille sur le patch du club n’est pas étonnant de la part de Willie Forkner...Après tout, on ne l’appelait pas Wino pour rien !

De nos jours, le Boozefighters Motorcycle Club a des membres dans le monde entier. Beaucoup vénèrent l’histoire du club, un club qui a toujours respecté le style de vie et la culture biker. Ce profond respect lui a permis de devenir un club unique et estimé dans l’ensemble de la communauté biker.